Mourir libre. Les pratiques funéraires des affranchis à l’époque romaine
Journée d’études

, par Agnès Tricoche

Lundi 29 novembre, 9h-17h30
INHA - Salle Vasari
2 rue Vivienne, Paris 2e


 

Le développement de l’archéologie funéraire a permis de mettre en évidence un ensemble de gestes, réalisés par l’entourage du défunt, aussi bien lors des funérailles qu’au cours de commémorations ultérieures. Ces gestes, décryptés par l’analyse des données matérielles, invitent à replacer l’humain – les relations sociales, affectives, amicales, familiales – au coeur du discours sur la mort. Or, la variété des sources sur les affranchis, groupe social particulièrement visible dans les nécropoles d’époque romaine, vient conférer de l’épaisseur aux vestiges matériels : l’iconographie et les textes (littéraires, juridiques et épigraphiques), couplés aux études archéo-thanatologiques, permettent ainsi de réfléchir avec une acuité nouvelle aux pratiques funéraires des liberti et aux choix mémoriels afférents. Les réflexions de cette journée, centrées sur une approche anthropologique, en histoire sociale, visent à interroger la manière dont, pour un affranchi, l’érection d’un tombeau participe à l’affirmation de son nouveau statut et de la place nouvelle qu’il occupe au sein de la cité. Les questionnements de cette rencontre s’organisent autour de trois axes principaux.

Un premier axe porte sur l’affranchissement en lui-même et les rapports entre liberti et anciens maîtres. En terme de dépendance, que révèle la cohabitation patron-affranchi dans un même tombeau ? Au contraire, pour quelles raisons un libertus disposait-il de son propre monumentum, sibi et suis ? Outre des raisons juridiques, quelles motivations (affectives, amicales, sociales, …) ont déterminé les modalités de mises en terre des affranchi(e)s et de leurs patrons ou matrones ? On se demandera également dans quelle mesure le monument funéraire d’un libertus venait sceller une décision juridique et construire son identité sociale.
Le potentiel jeu communicationnel mis en place avec le monde des vivants est au coeur du second axe, dévolu à la manière dont les tombeaux d’affranchis participaient à l’intégration civique des liberti. En particulier, que révèlent les textes, les images ou les vestiges archéologiques associés à ces monuments, sur la réussite économique de certains anciens esclaves ? Sur leur proximité avec des familles prestigieuses ? Sur leur rôle dans la vie publique de la cité ? Une attention particulière pourra être portée aux femmes affranchies, nombreuses à avoir érigé des monumenta.
Enfin un dernier axe invite à réfléchir à l’importance de la familia dans l’organisation spatiale et dans la construction mémorielle des tombeaux d’anciens esclaves. On s’interrogera donc sur les logiques structurelles ayant dicté l’emplacement des sépultures d’affranchis et sur la présence ou l’absence de marqueurs mémoriels associés : dans quelle mesure l’affichage des liens de parentés, des âges et des statuts des différents défunts s’explique par la constitution d’une nouvelle familia, enfin reconnue de manière officielle ?
Finalement, à partir des sources variées à disposition (reliefs, inscriptions funéraires, textes juridiques, vestiges archéologiques), il s’agit de réfléchir à la manière dont les tombeaux d’affranchis témoignent de relations clientélaires, familiales ou amicales, entretenues avec des individus de tout statut juridique. Ainsi cette rencontre est l’occasion de se pencher à nouveau sur la profonde originalité des structures sociales romaines, cette fois par le biais des pratiques funéraires des liberti.